Démarche Artistique

Mon introduction dans le milieu de l’Art s’est faite par des voies autres que celles où je suis maintenant. Une porte alors ouverte, celle de la télévision, pour la co-animation d’une émission musicale « Musique Horizons », sur la chaîne à grosse audience Canal Horizons. Nous étions à l’époque vers le milieu de l’année 1993, j’avais 16 ans, et mes premières apparitions publiques ont placé leur signe dominant, malgré un franc succès, sous des attributs médiatiques qui correspondaient moyennement à ma naissante personnalité artistique.

Cette expérience d’animatrice du « tube cathodique » a tout de même duré jusqu’en 1995, année où j’ai eu mon baccalauréat. Instinctivement, organiquement, passionnément, mon orientation universitaire s’est tout de suite dirigée vers l’Ecole des Beaux-arts, commencée à Tunis et continuée en France, en Deug d’Arts Plastiques à la Sorbonne.

C’est à Paris que ma première exposition collective a eu lieu en 1997. « Bout Tabou », un rassemblement de collectifs d’artistes, entre photographes, peintres et musiciens, réunis pour raconter leur regard de « la censure » et de l’ « inter-dit ».

De retour à Tunis en 1999, j’ai réintégré l’Ecole des Beaux-arts de la capitale, pour y continuer  mes études, jusqu’à l’obtention de ma maitrise en arts plastiques en juin 2001. Complètement habitée par une idée obsédante d’exil et d’étrangéité à soi-même, dès mon diplôme de second cycle « en poche », j’ai de suite déposé un dossier d’inscription en Master d’arts plastiques, recherches fondamentales et appliquées, à l’université Paris I, Panthéon Sorbonne. Requête acceptée, pour nourrir une quête existentielle toujours inassouvie…

 

Le contenu des séminaires suivis en Master démontrent des choix problématiques quant à mes recherches artistiques, car naturellement, sans programme préétabli ou stratégies planifiées, j’ai toujours conjugué champ universitaire et champ artistique, souci estudiantin et pratique personnelle.

A ce propos, j’aimerai m’arrêter un instant sur mon année de maitrise, où je présentais un projet de fin d’études en « spécialité peinture » et en « option vidéo ». Si je reviens sur cet atelier de « vidéo », c’est parce-que c’est ici même que ce sont projetées mes premières « préoccupations plastiques », par rapport à un médium de prédilection : l’outil vidéographique. Devenu objet, sujet, matériau, support et action pour la représentation possible d’un corps, et la vidéo comme instrument pour le langage/écriture de ce corps qui agit dans un espace donné. S’agissant d’ « emprisonner » dans la machine désirante, multiples devantures d’une figure humaine, parlant des ses énergies et émanations dans son univers quotidien.

Mon projet s’intitulait alors « Bestialité/Humanité. Analogies et métaphores », je tentais de mettre sur un même piédestal symbolique, formel et visuel les deux univers, en ce qu’ils ont de notions d’« animalité » commune.

L’ « objectif caméra » proposait pour ce travail, un incessant va et vient entre bruits, vacarmes et silences chargés ; entre obscurité totale et lumière qui aveugle. Un ensemble d’images actionnées jusqu’à l’obtention du flou recherché, la caméra bougeant frénétiquement, traduisant un rythme concentré sur une hystérie du mouvement.

Modalités d’une image vidéographique, qui permettent une lecture spécifique de ce moyen, par la suite reprises pour être développées au niveau du master, et présentement au stade doctoral.

 

Ce bref récit retraçant mes affinités artistiques estudiantines majeures, démontre assurément de mes réseaux réflexifs actuels, pour mettre en place un noyau créatif tourné essentiellement vers des problématiques similaires. Des années 2000 jusqu’à ma dernière exhibition, tant au niveau picturale, photographique, performative, et/ou vidéographique, une organisation intrinsèque du sens donné à l’image a pris appui sur des liens cohérents permettant un passage plastique en apparence chaotique, d’une image à une autre, d’une réalité à une autre.

Ceci, soit par l’organisation spatiale et la composition générale, soit par l’écho d’un signe rappelant le signe d’un autre élément. Autrement dit, dans ma pratique, une vaste place est accordée au signifié, le signifiant ayant un rôle moins pointu à jouer dans ma poïétique de l’acte artistique.

Une intention de faire « œuvre action », basée sur un événement qui surgit de manière improvisée dans un espace donné, me conduit progressivement vers le champ performatif : d’abord la vidéo performance, ensuite la performance et vice-versa. Regarder l’ « acte » du dehors, au sens figuré comme au sens propre, l’examiner et l’analyser. Il est « trace » de mon corps, et le trace comme langage possible sous une forme sismographique.

A l’ère où se généralise la « reproduction mécanisée », je tente de cerner les fonctions du corps et de son langage dans les arts dits « visuels », dans leur rapport avec la figure du « soi » comme auto-figure. « Scruter » la symbolique de « la trace » comme une empreinte qui fixe l’espace.

Justement, la performance comme pratique artistique permet de réfléchir cette notion de « trace », où les seuls outils, matériaux et support sont le corps. A travers la vidéo, sa seule empreinte serait-elle sa représentation filmique ?

Pour essayer de répondre à ces questions, comprendre les fondements et origines à mes interrogations, je me propose de regarder deux définitions conditionnelles du corps, celles qui intéressent et matérialisent à présent mes ouvrages plastiques, pour en dégager leur unité expressive : le corps dans sa dimension physique, et le corps dans sa dimension sociale, par extension le corps dans sa stature intime, et le corps dans sa stature médiatique publique. Mon corps entier se fait signe, il est concret dans sa matérialité, mais reste abstrait dans sa pure dénotation spatiale.

 

Aujourd’hui, en 2010 et à la veille de 2011, environ une dizaine d’années après mes premières ébauches idéelles voulant mettre en avant-plan « Le » « Corps » et ses représentations, comme noyau dur de ma pratique artistique, la performance est devenu nécessaire pour édifier ma présence corporelle à l’intérieur de dispositifs visuels. Une narration de l’être dans son moi le plus ambivalent, un entre deux partagé dans une intimité et une étrangéité à soi même.

La performance donne au temps une dimension physique, sensuelle et palpable. Elle impose une logique intraitable, une marche qui se fait en deux temps : d’abord le « rejet », « ce n’est pas moi ce corps que je vois », puis ce corps possible qui « émerge », « ça ne peut être personne d’autre que moi ».

Incroyable moment de forte réappropriation, la révélation d’un corps subjectif et la condition d’une possible création de ce corps, dans son mouvement, sa mise en boucle à l’image, sa mise en abîme.

Le caractère d’un aboutissement plastique pour un travail donné, la modalité d’un possible parcours qui voudrait porter la gestation non pas à terme mais à destination.